Je me suis souvent demandé comment cela était possible. Chaque fois que j’entre quelque part et qu’il y a un enfant, le contact se crée presque instantanément : un sourire, un regard complice, parfois un jeu, quelques mots… ou simplement le fait de s’asseoir côte à côte, en silence
Pendant longtemps, je me suis interrogée : qu’est-ce que j’ai de particulier ? Peut-être étais-je moi aussi encore un peu « enfant »… et j’ai longtemps interprété cela comme une naïveté, une fragilité.
Puis j’ai compris. Ce lien si naturel ne venait pas d’un manque de maturité, mais d’une présence authentique. Une capacité à être là pleinement sans masque, sans attente.
Peut-être aussi parce que, depuis mon enfance, je suis restée profondément sensible au monde. Cette sensibilité, longtemps perçue comme une fragilité, est devenue un point d’ancrage. Elle me permet de ressentir, d’écouter et d’entrer en lien avec sincérité.
C’est avec cette sensibilité que j’écris aujourd’hui, avec tout l’amour et le respect possibles pour les parents. Non pour juger, mais pour rappeler combien la qualité de présence offerte à un enfant est précieuse. L’enfance est un socle : ce qui s’y vit, ce qui s’y ressent, laisse une empreinte durable et influence le reste du chemin de vie.
Les enfants reconnaissent cela immédiatement. Ils sentent quand l’adulte en face d’eux est réellement à l’écoute, quand il est vrai, quand il parle le langage du corps, du cœur et de l’instant présent.
C’est à cet endroit-là que le yoga m’a menée : un espace de rencontre sincère, où l’on n’a pas besoin de beaucoup de mots pour se comprendre.
(Et peut-être que le plus difficile, pour moi, est de revenir ensuite au monde des adultes)
@ti_jujube photographe dans le cadre du Festival de Yoga <<WeLoveYo>>
Ce qui m’a amenée à considérer le yoga non pas comme une discipline à enseigner, mais comme un langage à partager, naturellement, avec les enfants.
Faire du yoga avec les enfants est pour moi une évidence, presque un langage naturel. Les enfants n’ont pas besoin d’apprendre à être présents : ils le sont déjà. Le yoga devient alors un espace pour préserver cette capacité innée, la nourrir et l’accompagner avec douceur.
Pourquoi j’aime tant pratiquer avec les enfants
Pratiquer avec les enfants, c’est entrer dans un monde où tout est possible. Ils ne cherchent pas à « bien faire », ils ressentent, ils explorent, ils jouent. Leur spontanéité m’inspire profondément. Avec eux, le yoga n’est jamais figé : il devient mouvement, rire, silence, curiosité. C’est une rencontre authentique, où l’on apprend autant que l’on transmet. Le yoga n’est pas seulement une pratique physique. Chez l’enfant, il devient un outil d’écoute du corps, d’attention, d’imagination et de présence à soi. Comme dans la nature, le yoga chez l’enfant est un jeu d’impermanence, de cycles, d’écoute des rythmes internes, exactement comme un arbre observe le vent ou une rivière suit son cours.
Pourquoi les enfants en ont besoin aujourd’hui
Les enfants grandissent dans un monde rapide, stimulant, parfois bruyant. Le yoga leur offre un espace pour revenir au corps, à la respiration, à l’instant présent. Il les aide à reconnaître leurs émotions, à les accueillir sans jugement, à comprendre que tout ce qu’ils ressentent a le droit d’exister. Le corps devient un allié, un lieu sûr, un refuge.
Une pratique sans performance, mais pleine de sens
Avec les enfants, il n’y a pas de posture parfaite. Il y a des sensations, des découvertes, des limites respectées. On apprend à écouter le corps, à sentir quand on a besoin de bouger, de s’arrêter, de respirer. Le yoga devient un outil d’autonomie, de confiance et de respect de soi.
Se comprendre sans forcément parler
Très souvent, les mots ne sont pas nécessaires. Nous nous comprenons par le mouvement, par le regard, par le souffle. Les histoires prennent le relais : on devient un arbre qui danse avec le vent, un animal qui s’étire au soleil, une montagne stable et calme. La nature devient un support merveilleux pour explorer le corps et les émotions.
Le yoga comme terrain de jeu intérieur
À travers le jeu, l’imaginaire et la bienveillance, le yoga permet aux enfants de développer leur attention, leur créativité et leur capacité à être présents. Ils apprennent que le calme est accessible, que la joie peut être simple, que l’instant présent est un endroit où l’on se sent bien.
Faire du yoga avec les enfants, c’est semer des graines : de conscience, de douceur et de confiance. Des graines qui, je l’espère, continueront à grandir avec eux.
D’un point de vue pédagogique
Il est fondamental d’aider les enfants à reconnaître et nommer leurs émotions dès le plus jeune âge. Les neurosciences nous montrent que le développement émotionnel est intimement lié au développement du cerveau, notamment dans les premières années de vie. Un enfant qui apprend à identifier ce qu’il ressent développe une meilleure régulation émotionnelle, plus de sécurité intérieure et des relations plus apaisées.
Les types d’attachement jouent également un rôle essentiel. Un attachement sécurisant permet à l’enfant d’explorer le monde avec confiance, de revenir à lui-même lorsqu’il en a besoin et de se sentir accueilli dans ce qu’il est. Le yoga, par le mouvement conscient, la respiration et la présence bienveillante, soutient ce processus. Il offre un cadre sécurisant où l’enfant peut ressentir, exprimer et intégrer ses émotions sans jugement.
Le yoga devient alors bien plus qu’une activité : c’est un outil précieux pour accompagner l’enfant dans la construction de son équilibre émotionnel, corporel et relationnel.
Une base solide pour grandir en confiance, en conscience et en lien avec soi, les autres et la nature.
Que nous apprennent les neurosciences sur la présence des parents et la régulation émotionnelle de l’enfant
Introduction
Les recherches en psychologie du développement et en neurosciences affectives montrent avec clarté que l’enfant ne se construit pas seul. Dès les premiers mois de vie, la qualité de la relation avec les adultes qui prennent soin de lui joue un rôle fondamental dans son développement émotionnel, cognitif et relationnel. Les enseignements de Nathalie Mella mettent en lumière à quel point la présence attentive des parents et leur capacité à accompagner les émotions de l’enfant constituent une base essentielle pour son équilibre et ses apprentissages
Pourquoi la présence des parents est-elle si importante ?
Selon la théorie de l’attachement, développée notamment par John Bowlby, l’enfant naît avec un besoin inné de proximité et de sécurité. La relation d’attachement n’est pas un luxe affectif, mais une nécessité biologique et psychologique.
Lorsque l’adulte est disponible, cohérent et chaleureux, l’enfant développe un sentiment de sécurité affective. Cette sécurité lui permet d’explorer le monde, d’apprendre et de faire face aux défis du quotidien
Un attachement sécurisé favorise :
- une meilleure confiance en soi
- des relations sociales plus harmonieuses
- une plus grande disponibilité pour les apprentissages scolaires
- de meilleures capacités de régulation émotionnelle
À l’inverse, lorsque les réponses de l’adulte sont imprévisibles, incohérentes ou peu sensibles aux signaux de l’enfant, celui-ci peut développer des stratégies moins adaptées pour gérer ses émotions et ses relations.
L’enfant peut-il réguler ses émotions seul ?
C’est une question fréquente, et la réponse est claire : non, pas au début.
La régulation émotionnelle se développe progressivement au cours de l’enfance et de l’adolescence. Dans la petite enfance, elle est essentiellement interpersonnelle : l’enfant a besoin d’un adulte pour l’aider à apaiser, comprendre et traverser ses émotions
Avec le temps, grâce au langage, au développement cognitif et à la maturation cérébrale, l’enfant intègre peu à peu des stratégies plus autonomes. Mais ce processus est long, non linéaire, et très dépendant de l’accompagnement reçu.
Comment les adultes peuvent-ils aider l’enfant à réguler ses émotions ?
Les recherches montrent plusieurs leviers essentiels :
-->La sensibilité parentale
Être attentif aux signaux de l’enfant, les comprendre et y répondre de manière ajustée et dans un délai raisonnable. Cela permet à l’enfant de faire le lien entre ce qu’il ressent et la réponse de l’adulte, favorisant un sentiment de prévisibilité et de sécurité
-->La mise en mots des émotions
Nommer une émotion aide l’enfant à la comprendre et à diminuer son intensité. Des études montrent que le simple fait de mettre des mots sur une émotion réduit l’activation de structures cérébrales liées à la réactivité émotionnelle,
-->Le modèle de l’adulte
Les enfants apprennent aussi en observant. Un adulte qui reconnaît ses propres émotions, qui respire, qui prend du recul, offre un modèle puissant de régulation émotionnelle.
Quel lien avec le yoga et les pratiques corporelles ?
Le yoga, tel qu’il est proposé aux enfants, s’inscrit pleinement dans cette compréhension du développement émotionnel. Il offre un cadre sécurisant où l’enfant peut faire l’expérience de son corps, de sa respiration et de ses sensations, tout en étant accompagné par un adulte présent et attentif.
Sur le plan neuroscientifique, le yoga mobilise plusieurs leviers essentiels de la régulation émotionnelle :
- l’attention portée au corps et à la respiration favorise l’apaisement physiologique
- le ralentissement aide l’enfant à mieux percevoir ce qui se passe en lui
- la répétition de pratiques simples soutient l’apprentissage progressif de stratégies de régulation
Le yoga ne remplace pas la présence des parents ou des adultes de référence, mais il la soutient. Il devient un espace où l’adulte peut jouer pleinement son rôle de co-régulateur : en nommant ce qui est ressenti, en proposant des temps de pause, en validant les émotions sans chercher à les faire disparaître.
Pourquoi parler d’émotions est-il fondamental ?
Les recherches présentées par Nathalie Mella montrent clairement que le langage joue un rôle central dans la régulation émotionnelle. Mettre un mot sur une émotion permet à l’enfant de prendre de la distance avec ce qu’il ressent, de réduire l’intensité émotionnelle et de mieux s’adapter à la situation
Un enfant à qui l’on dit :
« Tu es en colère » ou « Tu sembles triste »
ne reçoit pas une étiquette, mais une clé de compréhension.
Progressivement, ce langage devient intérieur. L’enfant apprend à se parler à lui-même, à reconnaître ses états internes et à mobiliser des stratégies plus adaptées pour y faire face.
Questions essentielles pour les parents et les éducateurs
Un enfant qui déborde émotionnellement fait-il exprès ?
Non. Ces réactions sont souvent liées à l’immaturité des systèmes cognitifs et émotionnels. La capacité à inhiber, à planifier et à prendre du recul se développe sur de nombreuses années.
Faut-il calmer l’émotion ou l’accueillir ?
L’accueillir est la première étape. Un enfant ne peut pas apprendre à réguler une émotion qui n’est pas reconnue.
L’autonomie émotionnelle signifie-t-elle être seul avec ses émotions ?
Non. L’autonomie se construit d’abord dans la relation. C’est parce qu’un enfant a été accompagné qu’il pourra, plus tard, se réguler seul.
Conclusion
Le corps, la présence et l’écoute sont les fondations de la confiance. Le yoga, lorsqu’il est pratiqué avec attention, offre un espace où l’enfant apprend à sentir, à ressentir et à grandir en sécurité.
Il nous rappelle que grandir n’est pas seulement apprendre des postures, mais apprendre à être avec soi-même et avec les autres.
1. Présence (ce n’est pas juste être là)
Ce que les parents pensent souvent :
« Je suis présent(e), je suis dans la même pièce que mon enfant. »
Ce qu'on veut dire :
La présence, ce n’est pas surveiller, corriger ou anticiper.
C’est être disponible intérieurement.
Être là sans téléphone, sans jugement, sans vouloir réparer immédiatement.
Les enfants sentent instantanément quand un adulte est vraiment présent, et c’est cette qualité de présence qui les apaise bien plus que les mots.
2. Régulation émotionnelle (ce n’est pas contrôler)
Ce que les parents pensent souvent :
« Il doit apprendre à se calmer. »
Ce qu'on veut dire :
Un enfant n’apprend pas à se réguler seul. Il apprend avec un adulte.
Avant de savoir se calmer, il a besoin d’être calmé.
Le yoga, la respiration, le mouvement servent à offrir des outils, mais surtout un cadre relationnel sécurisant où l’émotion peut exister sans être rejetée.
3. Émotion (ce n’est pas un problème à corriger)
Ce que les parents pensent souvent :
« Cette colère / tristesse est excessive, il faut l’arrêter. »
Ce qu'on veut dire :
Une émotion est un message, pas une faute.
Quand un enfant exprime une émotion, son corps parle avant que son cerveau puisse comprendre.
L’accueillir, la nommer, la traverser ensemble permet à l’enfant de construire une relation saine avec ce qu’il ressent, au lieu d’apprendre à le cacher.
4. Langage du corps (les enfants parlent avant les mots)
Ce que les parents pensent souvent :
« Il ne sait pas expliquer ce qu’il ressent. »
Ce qu'on veut dire :
L’enfant s’exprime d’abord par le corps : agitation, silence, mouvement, posture.
Le yoga respecte ce langage naturel.
Avant de demander à l’enfant de verbaliser, il est essentiel de l’aider à ressentir, bouger, respirer. Le corps est la première porte d’accès aux émotions.
5. Sécurité (ce n’est pas protéger de tout)
Ce que les parents pensent souvent :
« Je dois éviter toute frustration ou difficulté. »
Ce qu'on veut dire :
La sécurité émotionnelle ne vient pas de l’absence de difficultés, mais de la certitude qu’un adulte sera là quand ça devient difficile.
Un enfant sécurisé ose explorer, tomber, recommencer.
Le yoga, comme la relation parent-enfant, devient une base stable à partir de laquelle l’enfant peut grandir librement.
Références – Enseignements et travaux de Nathalie Mella, Université de Genève, psychologie du développement, théorie de l’attachement et régulation émotionnelle.
Mella, N., de Ribaupierre, A., & al. (2021). Centralité de la régulation de soi dans le fonctionnement scolaire et socio-émotionnel. Frontiers in Psychology.
Mella, N. (Université de Genève). Dimensions relationnelles et affectives de l’éducation et de la formation – Cours sur la théorie de l’attachement et la régulation émotionnelle.
Mella, N. (Université de Genève). Développement de la régulation de soi et des émotions chez l’enfant – Supports de cours, psychologie du développement.
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